CONTEXTE HISTORIQUE

 

       

Dès 1934, les colons arrivent par trains entiers en Abitibi et au Témiscamingue; en deux ans, 29 paroisses sont organisées et, au début des années 1940, le Témiscamingue compte 40 500 habitants et l'Abitibi 64 000. Beaucoup de ces premiers colons repartirent ou s'installèrent plus tard dans les villages miniers.

       

Les premiers organismes de santé publique se créent à travers le Québec à partir de 1926. Les bureaux d'hygiène déjà en place sont remplacés, en 1930, par des Unités sanitaires.

       

L'Abitibi-Témiscamingue, comprend à cette époque trois comtés: l'Abitibi (Est et Ouest), Rouyn-Noranda et Ville-Marie. Le bureau d'Unité sanitaire d'Abitibi ouvre à Amos en 1932. C'est le chef-lieu des services de santé de toute la région . A Ville-Marie, le bureau d'hygiène publique qui existe depuis 1898 est remplacé, en 1929, par un bureau d'Unité sanitaire. Jusqu'en 1945, date d'ouverture d'un bureau à Rouyn-Noranda. Ville-Marie dessert aussi ce territoire minier. Pendant quinze ans, il n'y a que deux bureaux d'Unité sanitaire pour répondre aux nombreux besoins d'une population disséminée dans tout l'Abitibi et le Témiscamingue. Il faut attendre 1950 avant que viennent s'ajouter sept sous-bureaux d'Unité sanitaire (La Sarre, Val d'or, Témiscamingue-Sud, Malartic, Senneterre, Chibougamau et Matagami) , soulageant ainsi les trois centres déjà existants.

L'Unité sanitaire régionale, alors sise à Amos, est composée:

1)

D'un officier médical régional en charge de l'administration globale des services de santé pour la région;

2)

D'un médecin hygiéniste responsable d'une part de l'application des divers programmes de santé public et, d'autre part, de la bonne marche du Service médical aux colons;

3)

De quelques médecins généralistes pour les populations des paroisses organisées;

4)
D'infirmières formées en prévention

 

       

Les programmes de santé publique comprennent, entre autres, le dépistage des maladies contagieuses et de la tuberculose, les cliniques de vaccination, l'inspection des aliments et une information d'ordre général. Ces programmes forment le noyau des activités qui se déroulent à l'Unité sanitaire.

 

 

CONDITIONS GÉNÉRALES DE VIE

       

Une colonie pouvait contenir cinq à six cents habitants et parfois plus. A toutes heures de la journée, l'infirmière personnifiait la femme dévouée à être constamment disponible. La nuit comme le jour, l'hiver comme l'été. La garde-malade pouvait être appelé au loin dans une autre paroisse. Environ tous les deux jours, l'infirmière avait à « charroyer » l'eau qu'elle puisait à l'extérieur. Le chauffage consistait seulement en un bon poêle à bois. L'aide d'une corvée permettait de remiser du bois sec pour l'hiver. Parfois, le téléphone était installé, sinon quelqu'un du village, soit au magasin général, le curé ou le notaire prenait le message.

       

Souvent, la vocation d'infirmière de colonies exigeait de jouer le rôle du médecin et parfois davantage. Voici un aperçu des services qu'elle pouvait offrir: consultation au bureau, extraction dentaire, petite chirurgie, analyse d'urine, accouchement, visite à domicile, embaumement. La garde soulageait les malaises par l'aspirine, les bains froids, les cataplasmes, les compresses, les enveloppements et autres. Les antibiotiques ne sont arrivés qu’en 1945.

Extrait sur les conditions de vie des infirmières de colonie

Pour écouter l'extrait audio, demandez à la Société d'histoire d'Amos.

       

La garde-malade était prévoyante. Durant ses temps libres, elle profitait de l'occasion pour initier d'autres femmes à l'art de l'accouchement. Ainsi quand on la réclamait pour soigner un malade dans un rang, qui se situait parfois dans une autre colonie, elle partait sans trop de craintes car l'entraide existait entre les voisines. Une fois par semaine, le courrier était livré au village. Les infirmières, entre elles, se visitaient rarement compte tenu des distances qui les séparaient. Par le biais du téléphone, elles échangèrent les dernières informations, soulevaient les craintes, cherchaient des solutions et exprimaient leurs émotions.
 

       

Le mode de transport différait d'une infirmière à l'autre. D'habitude, la personne qui venait quérir la garde se chargeait du moyen de locomotion. Ainsi le moyen de transport variait de la marche à pied au bœuf, du cheval à la voiture attelée, du traîneau à chiens au « snow-mobile », de la bicyclette à l'automobile. Les rangs étaient faits de pontages, c'est-à-dire, des billots mis un à côté de l'autre et cloué. L'hiver, les chemins n’étaient pas entretenus. Les malades étaient voyagés dans des « cabouses » qui étaient tirés par un tracteur. L'hivers, l’avion pouvait venir se poser sur la glace. L'été, le transport des malades était plus simple.
 


Garde Mathilde Beaumier de Cloutier
Source : ANQ-ATNQ, fonds du comité des fêtes du cinquantenaire de Cloutier, p 116/35.

       

La morale du temps interdisait le port du pantalon chez les femmes. Pourtant, c'était tellement plus pratique et chaud pour les longues routes à parcourir durant la saison froide. Quelques-unes unes des infirmières abordaient de longues discussions sur ce sujet avec Monsieur le curé.

       

Dans l'esprit de bien des individus d'autrefois, infirmière signifiait célibat. La garde-malade travaillait tellement dans sa paroisse qu'elle n'avait pas le temps de fréquenter les jeunes hommes. Si elle se mariait, souvent elle perdait sa position. Pour être conforme au stéréotype du temps, elle renonçait à sa vie personnelle pour se donner entièrement aux personnes de la colonie.

 

 

LE BÂTIMENT

 

       

Le Ministère donnait la construction des dispensaires à contrat; les premières années pour une somme de 3 000,00$. Les entrepreneurs en construction engageaient généralement les colons pour sa construction. Les dispensaires se construisaient souvent sur un lot de la Fabrique, voisin de celui de l'église ou du presbytère.
 

Hôpital St-Anges de Rouyn (devient ensuite couvent et résidence des religieuses) (1926)
Source :ANQ-ATNQ, p 117-5/119.
Le dispensaire de la Garde

Source : photo : Magella Guérin

       

Ces dispensaires étaient construits selon trois modèles différents. Le plan initial était celui d'une maison d'un étage et demi, mesurant 24'X36' et ressemblant beaucoup aux "maisons de colon". Le deuxième était un modèle réduit du plan original, mesurant 22'X24' à un étage et demi; il offrait toutefois un aspect différent du premier par son toit français avec lucarnes sur la façade. On reconnaît facilement tous ces dispensaires au papier brique gris dont ils étaient recouverts, à la galerie, souvent vitrée, sur la façade et à la cuisine d'été annexée à l'arrière.
 

Premier hôpital de Val-d'Or(1937) hôpital au 3e étage)
Source: Collection : Herby Goyette
Camp de santé Bon Villa 1944 (situé au Lac Simard)
Source: Collection : Lorenzo Gauthier

       

En général dans ces deux premiers types de dispensaires, l'entrée se faisait par le solarium face auquel, à l'intérieur, se trouve un escalier qui séparait l'unité de soins de la demeure personnelle de l'infirmière. À gauche, l'entrée sert de petite salle d'attente; il y a un banc à même le mur ou quelques chaises et des crochets pour suspendre les vêtements. Cette petite salle donne sur une pièce, guère plus grande, qui servait de bureau à l'infirmière. On retrouvait, dans le bureau, une table de travail et deux chaises, une table d'examen, une série d'armoires avec un comptoir et d'autres armoires dessous, parfois des tablettes et, plus tard, un lavabo. Dans les armoires se trouvaient les médicaments, les livres de référence et les instruments de travail de l'infirmière: stéthoscope, appareil à pression, ventouses, trousse de premiers soins, trousse d'accouchement et autres. La résidence de l'infirmière, à droite de l'escalier, comprenait un salon et une cuisinette qui communiquaient avec la cuisine d'été et le garage d'où on pouvait sortir ou entrer.

 

Hôpital de Bourlamaque (1941)
Source : Coll. Raymond Séguin
Hôpital Saint-Sauveur (1950)
Source : Coll. SHVD-Armand Beaudoin






CONTRAT D'EMBAUCHE-TYPE

       

Les infirmières de colonies étaient choisies par le Ministère de la Santé pour prendre en charge une colonie. Le 27 décembre 1940, Eva Morin obtenait un contrat qui contenait 7 clauses. En voici les grandes lignes:

 

1.

Votre traitement sera de $60.00 par mois, à compter du 1er janvier 1941, mais vous devrez voir vous-même à vos frais de pension. Cependant, le dispensaire-résidence de la colonie où vous aurez à faire du travail, sera mis à votre disposition comme logement.

2.

Il est entendu que vous devrez prodiguer vos soins gratuitement à tous les colons et autres indigents de votre territoire. Mais afin d'éviter les abus, vous pourrez réclamer un montant juste et raisonnable à ceux qui seront en état de vous payer, comme compensation pour le prix des médicaments que vous aurez à distribuer. Vous pourrez aussi demander un prix raisonnable pour les accouchements, à toutes les personnes qui seront en mesure d'assumer cette obligation, selon l'état de fortune de chacun.

3.

Vous devrez vous efforcer de promouvoir en tout temps les principes généraux d'hygiène publique, surveiller attentivement l'éclosion des maladies contagieuses et donner les soins ordinaires aux colons indigents.

4.

Vous devrez faire savoir à la population que vous serez à sa disposition pour les consultations, chez-vous dans l'avant-midi, l'après-midi, vous devrez visiter les patients à domicile.

5.

Chaque samedi après-midi, vous devrez nous adresser ici un rapport du travail que vous aurez fait dans la semaine.

6.

Il faudra vous efforcer de réduire au strict nécessaire l'hospitalisation des patients. Dans chaque cas, indiquer bien clairement les raisons qui justifient l'hospitalisation et adresser une recommandation écrite de votre main à la Supérieure de l'hôpital.

7.

Quand à l'achat des médicaments et instruments de chirurgie, Monsieur le docteur Émile Martel vous en dressa une liste complète.

 



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