Histoire d'Amos

Les débuts d'Amos - Première partie

Les premières dates qui précèdent notre existence réelle sont 1898, alors que le territoire de la région est annexé à la province de Québec, et 1904, année où il est décidé que le chemin de fer Transcontinental passera par la région. En 1906, Henri O'Sullivan explore les bords de l'Harricana mais ce n'est qu'en 1908 qu'on voit des camps sur nos rives, à la hauteur des rapides. Il s'agit alors de "caches", camps d'approvisionnent pour les employés travaillant au tracé du chemin de fer.

Les premières années

En 1910, des employés du Ministère des Terres et forêts font la classification des lots et divisent la région en 50 cantons portant les noms d'officiers et de régiments français de la bataille des Plaines d'Abraham en 1759.

Octobre 1910, 5:00 p.m.
Arrivée "des Turcotte", premiers colons de la région. Leur groupe est composé de Joseph et son épouse; Ernest, son épouse Albertine Chalifoux et leurs enfants Armand (5 ans), Rose (3 ans), Aline (2 ans), Ivanhoë (9 mois). C'est à l'épouse de Joseph, Bernadette Thomas dit Tranchemontagne que nous devons le récit de leur voyage.
Partis de Nord Témiscamingue en canot le 22 septembre, ils sont accueillis à leur arrivée par M. Lang et sa femme. Ce dernier est alors contremaître de la Compagnie Foley, Welsh & Stuart qui effectue les travaux de défrichement et de terrassement de la future voie ferrée. Tous côtoient également les Amérindiens qui leur offrent des fourrures en échange de provisions.
Le nouveau groupe s'installe sur la rive ouest de la rivière et, alors que Joseph et sa femme quitteront Amos plus tard, Ernest et Albertine resteront ici jusqu'à leur décès, Ernest en août 1955 et Albertine en novembre 1975.

14 octobre 1911.
Arrivée à Amos de l'Abbé Ivanhoë Caron, missionnaire-colonisateur, et Mgr Latulipe, vicaire apostolique du Témiscamingue. Ils viennent suite à une entente avec le gouvernement provincial pour fixer le site des futurs centres de colonisation. Ils choisissent La Reine, Privat (Taschereau) et le bassin de l'Harricana "à l'endroit même où le Transcontinental traverse la rivière du côté est".

15 octobre 1911.
Mgr Latulipe décide de l'emplacement de la future église. On raconte que c'est Joseph Turcotte qui, grimpé à un cyprès, proposa ce site. Comme c'était le jour anniversaire de Ste-Thérèse d'Avila, Mgr Latulipe mit la paroisse sous sa protection et lui donna son nom.

Novembre 1911.
Voyage de Maurice et Fernand Bénard. Après une première visite à l'été, ils décident de s'installer ici et demandent aux McDougall, contracteurs du pont de train, d'ériger la charpente de leur magasin (sur la rive ouest), le premier d'Amos. Maurice Bénard fit le récit de leur voyage dans la Gazette du Nord du 19 août 1927. Il écrivait alors: "Voici un pays où la vie est intense car la paresse n'y a pas de place; il faut, pour y être confortable, rester en mouvement". Plusieurs pionniers prouveront qu'il avait raison.





Les vrais débuts

Avril 1912.
L'abbé Caron publie une brochure intitulée "Nouveaux Centres de colonisation dans le Nord-Ouest de la province du Québec". Elle est distribuée dans toute la province et suscite particulièrement l'intérêt des gens des comtés de l'Islet, Berthier, Beauce et Champlain qui sont à l'étroit et cherchent de nouvelles terres.

12 avril 1912.
L'abbé Caron arrive avec un groupe d'ouvriers pour construire un hangar à provisions. Ce hangar est important car, avant d'amener des colons, l'abbé Caron veut pouvoir faire face à l'éventualité d'un isolement de la région. Le hangar est construit à la hauteur de l'avenue de la Gare et sera démoli en 1921 ou 1922.

Avec ce groupe arrive aussi Hector Authier, agent des terres pour l'Abitibi. Le 24 avril, il émet les premiers billets de location pour des lots de campagne. Philippe Massicotte et Joseph Baribeau obtiennent ceux du canton Dalquier et Jos Bennet, celui du canton Figuery. Le 2 juin, M. Authier ouvre le bureau de l'agence des terres.

7 juin 1912.
Arrivée du premier groupe de colons amenés par l'abbé Caron, ils sont une vingtaine dont deux pionniers du commerce Phillias Cossette et Ivanhoë Frigon. Plusieurs arrivent aussi par leurs propres moyens.

Été 1912.
C'est le début de la vie commerciale. Maurice Bénard, installé définitivement en avril, ouvre le premier magasin d'Amos (situé sur la rive ouest). Peu après, trois autres magasins généraux ouvrent leurs portes: Ivanhoë Frigon sur le site actuel de la Caisse Populaire, A.A. Drouin sur le site de l'édifice Paré (où il est aussi maître de poste) et David Gourd sur le site du stationnement du restaurant Mc Donald.

4 août 1912.
Le train amène le fer pour la construction du "pont de fer". Jusque là un pont de bois peu rassurant permettait la traversée.

7 août 1912.
Première vente publique de lots de village. L'enchère a lieu sur le site actuel de la Caisse populaire. Certains cependant avaient réussi à obtenir des lots avant cette vente, ce qui explique que des édifices étaient déjà construits. Après la vente, plusieurs nouveaux propriétaires retournent dans leur comté et reviendront s'installer plus tard.

Septembre 1912.
Mgr Latulipe désigne l'abbé J.O.V. Dudemaine pour les missions dans la région. Le 5 octobre, il dit sa première messe à Amos.

13 mai 1913.
L'abbé Dudemaine est nommé curé de la mission Ste-Thérèse. Il prend possession de sa cure le 10 septembre. Le 21, lors d'une visite de Mgr Latulipe, on décide la construction d'une chapelle-école en attendant celle d'une église. Le 22, on choisit le site du cimetière (celui de la route de La Sarre); la première personne à y être inhumée sera M. Évangéliste Sigouin.

17 novembre 1913.
On pose, à la rivière Mégiskan près de Senneterre, le dernier rail du Transcontinental, reliant Québec à Winnipeg.

23 novembre 1913.
Les propriétaires demandent l'érection en municipalité civile et scolaire des cantons Figuery, Dalquier et du village d'Amos.

21 décembre 1913.
Célébration de la première messe à la chapelle. Elle est située à l'emplacement actuel du parc de la cathédrale.

À la fin de 1913, le village compte 241 âmes et, en plus de ses magasins généraux et ses scieries, il a vu s'ouvrir la Banque Hochelaga (située dans l'agence des terres et dont Hector Authier est gérant), la gare est construite et il est probable que sont aussi ouverts le salon de barbier Josaphat Bourgeois, la boulangerie de Raoul Arcand, la boucherie de Donat Brunet dit Galant, la salle de pool de Joseph Sigouin et un restaurant tenu par Phillias Cossette.






Harricanaw devient Amos

3 janvier 1914.
Érection officielle de la municipalité du village d'Amos. Son nom est choisi en l'honneur de Alice Amos, épouse du premier ministre du Québec, Lomer Gouin. Jusqu'à ce moment, la ville avait été successivement désignée par les noms de "Latulipe" et "Harricanaw".

27 janvier 1914.
Ouverture des classes dans la chapelle-école terminée la veille. 27 élèves sont inscrits et Mlle Aurore Lafleur est leur professeur.

16 mars 1914.
Premières élections du village. Sont élus: Hector Authier, Pascal Fortier, Télesphore Fraser, Charles-Édouard Marchand, Joseph Turcotte, Déméré Jobidon et Raoul Arcand. Le lendemain, Hector Authier est choisi maire. Les premières préoccupations du conseil seront en rapport avec la rivière: organisation de la traverse, demande au gouvernement de la rendre navigable et de construire un quai. Le conseil emprunte aussi $500 pour la construction de trottoirs (de bois). En novembre, il autorise Émery Sicard à installer une pompe et un réservoir pour fournir l'eau au village.
C'est aussi en 1914 que le conseil accueille le premier médecin à s'installer dans la région, le Dr André Bigué.

20 mars 1914.
Érection officielle de la municipalité scolaire, A.A. Drouin en est le premier président.

29 mai 1914.
Arrivée du premier groupe de colons par l'est. La région devient plus accessible car la durée du voyage est diminuée considérablement: le trajet passe de 1500 à 640 km.

Juin 1914.
Visite de Sir Lomer Gouin, premier ministre du Québec.

Août 1914.
Fondation de la Chambre de Commerce de l'Abitibi. A.A. Drouin en est le président.

4 octobre 1914.
Visite du premier agronome de la région: Jean-Marie Leclerc et le 22 novembre, création du premier cercle agricole.

Construction.
En juin, on ajoute une rallonge à la chapelle-école. Deux classes y sont ouvertes en septembre.

Ouverture du premier hôtel, le Forest Hotel, propriété de Frank St-Germain. L'hôtel est situé à l'emplacement de la pharmacie Trépanier et Laliberté (2003) et deviendra, vers 1918, le Amos Hôtel. En mars, Frank Blais achète la scierie Paquet.

Population en 1914: 68 familles, 504 âmes.





Les débuts d'Amos - Deuxième partie

"L'époque du village"

1915
Deux dates importantes: d'abord le 25 mai, l'érection canonique de la paroisse Ste-Thérèse, et le 24 septembre, son érection civile.

Économie.
L'ouverture du camp de détention de Spirit Lake (1915-1917) amène de nouveaux débouchés. L'attribution de "certificat de colon" facilite l'arrivée de plus de gens puisqu'ils peuvent alors bénéficier des mêmes avantages qu'avec les excursions organisées par l'abbé Caron.

Construction.
Le presbytère, commencé en août, est terminé en décembre. Développement de l'avenue Authier.

1916
Économie.
Ouverture de la scierie P. Beauchemin et ouverture de la Banque Nationale.

Services.
Construction et ouverture de l'école Ste-Thérèse. L'école est sous la responsabilité des Sœurs de l'Assomption qui arrivent le 27 septembre et ouvrent les classes le 2 octobre avec 155 élèves.

1917
Conseil de village.
Hector Authier est réélu maire. Le 3 juillet, Déméré Jobidon est nommé constable. A l'automne, le Conseil obtient un octroi pour la construction d'un pont de bois de 300 pieds qui remplacera la traverse.

Économie.
L'industrie du bois est florissante. On produit de la planche, du bois de pulpe et des dormants (un dormant est une bille de bois placée entre les rails de chemin de fer).

Sports.
Le village voit naître ses premières équipes de hockey: les Amossois et les Amateurs (surnommés les "Coat à queue"). Les parties sont disputées sur la rivière, à la hauteur du pont de fer.

1918
Conseil de village.
Hector Authier démissionne et David Gourd lui succède.

Grippe espagnole.
Le Amos Hotel, alors sous la direction de Narcisse Beaudreau, est converti en hôpital d'urgence. On dénombrera une trentaine de décès dus à la grippe entre le 29 octobre 1918 et le 10 février 1919.



1919
Économie.
La Compagnie de Navigation d'Amos entre en opération. Elle assure le service Amos - La Motte - Lac Malartic.

Commerce.
"Naissance" de la 1re Avenue: J.P. Houde, P.X. Cosette, T.A. Lalonde, Jos Bourcier et Raoul Arcand y ouvrent leurs commerces.

Services.
La construction du pont couvert (pont de bois) est terminée et la Cie de téléphone de l'Abitibi installe ses premières lignes.

Social.
Fondation du Groupe Artisans Canadiens-Français, Hector Authier est président.

Sports.
Fondation du Club de tennis. On joue sur terre battue. Fondation du Club Chasse et Pêche, Maurice Bénard est président. On dit qu'un chasseur a vu 22 orignaux en 3 jours.

Deux incendies majeurs frappent le village. Le magasin et la résidence de A.A. Drouin sont détruits et reconstruit immédiatement. Le 8 décembre, l'école Ste-Thérèse est aussi détruite.

1920
Économie.
Hector Authier demande au gouvernement d'ouvrir une "manufacture de papier" dans la région. L'usine Abitibi Consolidated (Donohue) se sera donc fait attendre plus de 60 ans.
Le 29 avril, lancement du bateau-dragueur du département des Travaux publics. Ce bateau, construit à Amos en 1919, mesure 36 pieds par 16 pieds et permet d'améliorer considérablement le service de navigation. David Gourd fonde la Cie de Brique de l'Abitibi. L'usine, est surnommée "la Briquade".

Services.
Première parution du journal "L'Abitibi" le 22 janvier. Le journal changera de nom le 29 juin 1922 pour devenir "La Gazette du Nord". C'est la Publicité Régionale Ltée qui le publie sous la direction de Hector Authier.

Social.
Le 31 octobre, création du Conseil 2218 des Chevaliers de Colomb, T.A. Lalonde devient le premier Grand Chevalier. Le groupe se fait construire un local sur la 2e Avenue Est.

Loisirs.
Le 27 juin, première célébration de la St-Jean-Baptiste à Amos. Pour l'occasion il y a messe, discours patriotiques, concerts de fanfares, balle-molle et théâtre.

Sports.
Les seules activités d'hiver sont celles du Club des Raquetteurs sous la présidence d'Amélia Gosselin.

A l'été, fondation du Club de baseball d'Amos et organisation d'une ligue régionale. Les clubs se disputent la Coupe Perreault, don de J.E. Perreault, ministre de la Colonisation du Québec.

1921
Économie.
Début d'une longue "crise du bois". Les propriétaires de moulin proposent de baisser les salaires du millier d'employés de l'industrie et invitent les marchands à baisser leurs prix. Ces derniers répliquent que c'est déjà fait et que les propriétaires de moulins devraient baisser le prix du bois pour relancer la construction. Cette crise, due en partie au coût élevé du transport du bois, ralentit la colonisation.

Services.
Le 2 janvier, bénédiction du Couvent Ste-Thérèse nouvellement reconstruit au même endroit. Arrivée du premier vétérinaire, J.O.V. Major.

Loisirs.
Le 2 avril, premier concert de la fanfare d'Amos.

Nuit du 11 au 12 novembre: incendie de l'avenue Authier. Sont détruits : la pharmacie et la résidence du Dr Bigué, l'hôtel Windsor de J.A. Cloutier, la résidence de l'arpenteur Lorenzo Bernier et l'agence des terres.



1922
Économie.
Maurice Bénard établit un service de navigation aux mines.

Commerces.
Nouveau "boom" commercial sur la 1re Avenue et sur la rue Principale Nord.

Services
Le 1er octobre, création du district judiciaire de l'Abitibi et le 10 novembre inauguration du Palais de justice.

Construction de la Cathédrale.
Début des travaux en mai et bénédiction de la pierre angulaire le 24 septembre. Décès de Mgr Élie Latulipe le 14 décembre.

Sports.
Nouvelle activité: les courses de chevaux, disputées sur la 10e Avenue.

1923
Politique.
Aux élections provinciales, Hector Authier est élu premier député de l'Abitibi.

Économie.
Impulsion nouvelle dans les recherches minières.

Commerces.
Deux femmes font leur entrée: Mlle Cécile Lacroix ouvre son magasin de modiste le 1er mai (deviendra Chez Pierre, du nom de son époux, vers 1934) et Mme veuve Paul Bénard ouvre l'hôtel Transcontinental le 10 mai.

Services.
Bénédiction de la cathédrale Ste-Thérèse-d'Avila le 18 juillet par Mgr Forgues. Le 24 octobre, intronisation de Mgr Louis Rhéaume, évêque d'Haileybury.

Loisirs.
Création de la bibliothèque, à la salle paroissiale (chapelle).

L'Abitibi est inscrite au Concours du Mérite Agricole. Henri Perron de La Sarre et J. Dollard Trudel d'Amos reçoivent des médailles d'argent.

1924
Économie.
Frank Blais lance le plus long bateau de l'Harricana. Ce bateau mesurant 100 pieds a été construit à Amos par A. Ouellet. Il sert à remorquer le bois au moulin Blais.

Services.
En mai, ouverture du Bureau des mines dans l'Agence des terres.

Loisirs.
Le comité des œuvres paroissiales, sous la présidence de Madame David Gourd, souligne le 10e anniversaire de l'Abitibi par un bazar au profit de l'église, le 22 juin.
Organisation d'un concours annuel des fanfares de la région. La Coupe David, don de Athanase David, secrétaire de la province, est remise au vainqueur et La Sarre remporte cette première compétition.

Sports.
Lucippe Hivon et Raoul Audet organisent une nouvelle patinoire sur la rue Principale Sud (site actuel du Canadian Tire). Elle y restera jusqu'à l'ouverture de l'aréna en 1950.

1925
Politique municipale.
Le 11 mars, la charte de la Ville d'Amos est passée au conseil législatif: Amos devient ville. Les premières élections sont tenues le 14 septembre et T.A. Lalonde est élu maire.

Économie.
Création officielle de la Corporation Abitibi Southern Railway Compagny qui caressera pendant de nombreuses années le projet de relier par chemin de fer Amos à Montréal, en passant par Mont-Laurier.

Services.
Arrivée de France Brien, qui est nommé premier agronome du nouveau bureau pour Abitibi-Est.
Construction de l'école des garçons, appelée "boîte à beurre", sur le site actuel de l'édifice de la M.R.C.. Monsieur Sirois en est responsable.

Loisirs.
Première célébration de la Ste-Cécile, patronne des musiciens. Cette activité sera longtemps au programme amossois.